Tome 1, chapitre 6
Garbrielle
(…)
J’essaie de conduire le plus vite possible. Lorsque je ralentis, des gens tentent d’embarquer sur la voiture. Ça me fait mal d’être témoin de leur désespoir. Une fois que Zach sera en lieu sûr, je me promets de revenir les chercher. Ça m’apaise un brin, même si intérieurement, je doute que ça arrivera.
Je me concentre sur la route. Je ne veux pas regarder autour de moi et apercevoir la voisine qui s’occupait de Zach de temps en temps ou le petit garçon qui m’échangeait des œufs contre du gruau chaque semaine.
Et puis, bien malgré moi, mes yeux croisent ceux de Zoé. Elle me faisait tant de bien avec ses histoires et ses babioles. Elle porte son grand manteau mauve, rempli de poches secrètes, et son sac en cuir sur son épaule. En dépit de la distance, je peux voir ses cheveux brun foncé qui volent au vent et ses yeux sombres. Normalement, elle dégage une énergie douce et pétillante. Toutefois, en ce moment, elle m’apparaît désolée, comme si elle savait que ça allait arriver. Je la reconnais à peine.
Je me souviens de la première fois où je l’ai vue sourire. Elle avait pris un ton mystérieux et avait fait de grands gestes pour capter l’attention de Zach, puis de son sac, elle avait sorti un canard jaune. Il avait une texture étrange, une sorte de plastique mou. En appuyant dessus, de l’air s’était expulsé d’un petit trou et chantonnait un drôle de son : cuiiiiiiii. Le bruit avait tellement surpris Zach qu’il s’était mis à rire sans pouvoir s’arrêter. Elle m’avait ensuite lancé le jouet en riant aussi fort que mon fils.
J’aimerais tant l’aider, mais je ne peux pas. Si j’arrêtais la voiture, on se ferait attaquer. Le monde est devenu fou.
Je me ressaisis et réfléchis à toute vitesse. Je roule de plus en plus vite, sans trop savoir où je vais. Je devrais ralentir pour économiser la batterie solaire ; c’est trop nuageux pour qu’elle se charge.
Mais en même temps, c’est simple : le plus loin possible et surtout, le plus rapidement possible. On verra après.
« Trouve un refuge, une cave, n’importe quoi », a suggéré Alain.
Mais quel conseil de merde ! Tout va être détruit. L’hôpital, l’université, tout ce qui peut abriter quelqu’un.
Les gens se bousculent.
— Maman !
— Zach, j’essaie de réfléchir.
— Mamannnnnnnnn ! Est-ce que je peux ouvrir les yeux maintenant ?
— Non.
Je passe devant la boulangerie. La belle vitrine de la boutique est défoncée et quelques pains jonchent le sol. Sans doute l’œuvre de quelqu’un qui craignait la faim.
Où se trouve la boulangère ? J’espère de tout cœur qu’elle s’est déniché un abri. Son grand rire du matin me manquera.
Un enfant d’une dizaine d’années arrive en courant avec un sac de toile et ramasse les restants qui sont par terre. Au moins, ce ne seront pas les rats qui en profiteront.
Il rejoint ses parents et tend la besace à sa mère. Elle dépose un chapeau sur sa tête pour ensuite prendre sa main.
À ma gauche, la rue qui mène à l’hôpital. Par réflexe, j’y jette un coup d’œil et aperçois un groupe d’infirmières pousser des fauteuils roulants. Je n’avais pas pensé à eux. Qu’en est-il de ceux qui sont alités ? Je secoue la tête pour me concentrer sur la route. Je ne peux rien faire pour eux.
Enfin, nous avons traversé le quartier de l’hôpital. On s’approche de la lisière de la forêt. Je pousse un soupir de soulagement. Je ralentis. Il est 17 h. Des brûlements d’estomac me serrent le ventre, j’en ai mal au cœur. J’ignore ce que je dois faire.
— Maman, écoute-moi !
— Oui, oui, désolée ! J’étais perdue dans mes pensées. Je t’écoute.
— Pourquoi les gens ont peur des étoiles ?
— Tu as ouvert les yeux ?
— Oui.
Je le regarde avec affection. Pourquoi lui mentir ? On ne retournera pas chez nous et le ciel va nous tomber sur la tête.
— Le Président-Roi va envoyer une pluie d’étoiles filantes. Elles vont s’écraser sur les maisons et sur l’hôpital. Elles vont tout briser. Les gens s’inquiètent parce qu’ils ne savent pas où se réfugier.
(…)
Je n’ai plus accès à l’heure. J’essaie donc de compter les minutes pour me préparer.
Zach sort ses blocs et tente de construire une tour qui touche le plafond de la voiture. Chaque fois qu’elle tombe, il rit.
Il répète les mêmes mouvements avec la patience d’un moine et la détermination d’un traqueur.
Il ajoute le dernier bloc. Il est bleu.
La terre tremble.
La tour tombe.
Je pourrais jurer l’avoir vue s’effondrer au ralenti. La caravane se balance sous la secousse.
C’est commencé.
Alors que nous sommes à l’abri sous les arbres, le moment reste abstrait.
Je sais pourtant que des dizaines d’êtres humains viennent de mourir.
Le sol vibre encore.
Zach s’est réfugié dans mes bras. Je l’enroule dans une couverture pour le bercer en silence.
Des larmes coulent le long de mes joues alors que la culpabilité me transperce. Il y aurait eu de la place pour au moins deux personnes avec nous. Pourquoi n’ai-je aidé personne ?
La voiture tremble sous un grand choc, plus important que les précédents. Celui-ci était proche. Joséphine hurle dans sa cage. La pauvre, elle ne comprend rien à tout ce chaos.
J’arrête de respirer. D’une certaine façon, j’espère que si je ne fais plus de bruit, le mal s’éloignera. Une terreur glaciale me fige. Est-on vraiment en sécurité ici ?
Je nous compare à des enfants cachés sous leur lit en souhaitant que le bonhomme Sept Heures ne les attrape pas.
On ne peut rien faire. On s’accroche, on attend et on prie.
Tome 1, chapitre 2
Max
C’est la troisième journée qu’on passe dans le quartier de l’université. Il y a tant de gens dans le besoin que je suis tiraillé entre le désir de partir chercher ma famille et celui de rester ici.
Le quartier est toutefois presque stabilisé. Les jours se suivent et se ressemblent de plus en plus. Charlotte et les femmes gèrent l’hôpital, alors que l’équipe de Carl s’occupe de l’approvisionnement en eau et en nourriture. De mon côté, mon groupe est responsable des recherches de survivants. Quoique depuis quelque temps, on ne trouve que des morts. C’est plutôt décourageant.
On devra les brûler bientôt. L’odeur commence à être insoutenable et les rats se sont installés.
Les rescapés en état de marche, mais trop faibles pour les gros travaux, doivent dépouiller les cadavres et répertorier ce qu’ils trouvent. Les souliers, les vêtements et tout ce qui pourrait être utile sont déposés dans des piles pour ensuite être triés et redistribués par une autre équipe.
C’est morbide, mais nécessaire.
(…)
— Hé, Charlotte ! Ça ne va pas ?
— Non, répond-elle de but en blanc. Tu te souviens de Carole, la femme à qui il manque un pied ?
— Oui.
— Avant tout ça, on était dans la même classe. Je l’aimais bien, elle m’aidait toujours avec mes travaux.
Elle fait une pause, fixant le vide. J’attends patiemment la suite, devinant la lourdeur de ce qu’elle s’apprête à me confier.
— Elle va mourir, et je ne peux rien faire.
— Comment ça ?
— Elle a une septicémie, une infection du sang. J’aurais besoin d’antibiotiques, mais on n’a rien ici. Elle va s’éteindre, et en attendant, elle souffre. C’est horrible. J’ai essayé, j’ai vraiment essayé de la sauver !
Je prends ses mains dans les miennes, les pressant avec douceur afin de la réconforter.
Le visage baissé, elle fixe le sol. Ses larmes tombent sur mes souliers. Ça me fait mal de la voir ainsi, je dois faire quelque chose. Je lève son menton de ma main droite pour la forcer à me regarder dans les yeux.
— Tu as fait tout ce que tu pouvais. Maintenant, c’est mon tour.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Elle doit arrêter de souffrir.
Son regard change. De ses yeux, elle semble vouloir pénétrer mon âme. Elle me déteste pour ce que je viens de suggérer.
Malgré la douleur qu’elle me transmet, je reste de marbre. C’est ce qui doit être fait. Elle le sait. Après un moment qui me paraît durer une éternité, elle fronce les sourcils, puis m’accorde la permission d’un signe de tête.
Ses sanglots derrière moi me brisent. Je dois utiliser toute ma force pour ne pas me retourner, au risque de perdre mon courage.
— Bonjour, Carole.
Je m’assieds et caresse ses cheveux tout en lui parlant.
— Charlotte m’a dit que ça ne va pas. Elle a tout fait pour t’aider, tu sais. Une infection s’est logée dans ton sang. Elle ne peut rien faire de plus. J’aimerais te dire que tu guériras, mais ce serait un mensonge. Est-ce que tu comprends ?
Elle me fait un signe de la tête.
— Je sais aussi que tu souffres. On ne peut rien faire pour te soulager. En fait, la seule chose en mon pouvoir est de t’aider à partir plus vite. Ce sera rapide, je te le promets. Elle me fait un autre signe de la tête puis ferme les yeux. Une larme coule le long de sa joue.
Des larmes, je ne vois que ça depuis des jours. Mais celle-ci, c’est la pire. C’est celle de l’acceptation. La dernière larme d’une femme souffrante.
— Ils sont tous morts de toute façon, chuchote-t-elle. Mon père pensait qu’on était en sécurité dans la maison. Il a dit que détruire un quartier complet était impossible. Que seule l’Université serait touchée ! Ma mère et ma sœur se trouvaient dans la cuisine. Moi, je jouais aux cartes avec lui dans le salon. On était tranquilles, heureux. Et tout d’un coup, l’école a explosé. La fenêtre a éclaté en mille morceaux et des débris se sont logés dans le corps de mon père. Il est mort sur le coup. J’ai rampé pour rejoindre ma mère. Je l’ai trouvée coincée sous une poutre, inconsciente ou morte, je ne sais pas. Je voulais l’aider, mais j’ai entendu ma sœur crier. Ses vêtements avaient pris feu. J’ai essayé d’éteindre les flammes, mais lorsque j’ai finalement réussi, il était trop tard. Et puis, j’ai réalisé que je n’étais pas capable de me lever parce qu’il me manquait un pied. À ce moment-là, j’ai perdu connaissance. Je n’ai pas revu ma mère. J’imagine qu’elle se trouve quelque part dans la pile là-bas.
J’ai dû me concentrer pour entendre chacun de ses mots. Elle chuchotait, prononçait chaque phrase avec difficulté. Ça lui a pris toute son énergie pour raconter son histoire, ses derniers moments en famille.
Je n’ai rien répondu. Qu’aurais-je pu ajouter de toute façon ?
Au lieu de parler, je fredonne la berceuse que ma mère chantait quand j’étais petit.
Elle garde les yeux fermés. Je comprends que je peux continuer.
Tranquillement, je plaque ma main sur son nez et sa bouche. Je n’arrête pas de chanter, je dois occuper mon esprit. Mon attention est portée sur les paroles, elles sont mon pilier, ma distraction pour ne pas sentir son corps qui se bat pour respirer.
C’est beaucoup plus long et plus difficile que je le croyais.
Et puis, juste comme ça, ses muscles se relâchent.
C’est fini.
Au cas où elle m’entendrait encore, je continue de chanter alors que je remets la couverture sur elle. J’ai envie de la bercer comme on bercerait un enfant avec une mauvaise fièvre.
Mais la sienne est passée.
J’ai fait ce qu’il fallait. Pourtant, un tourment immense s’imprègne en moi. Je me hais d’avoir pris cette responsabilité.
J’ai tué Carole.
Tome 2, chapitre 1
Tom
Vingt ans plus tôt
(…)
Frustré, je serre les poings. Pour qui se prend-elle ? Elle se croit tout permis ! Je la déteste ! Bien décidé à récupérer ce qui m’appartient, je cours jusqu’à sa chambre et ordonne qu’elle me le rende.
— Pour quoi faire ? répond-elle sur un ton hautain. Tu ne vivras jamais d’aventures, monsieur le futur Gardien ! Moi, je deviendrai exploratrice ! Je dois apprendre à me sortir de situations difficiles.
— Justement ! Laisse-le moi, c’est tout ce que j’ai d’intéressant !
Je saute sur le lit pour le lui prendre. Elle me repousse telle une mouche qu’on renvoie du revers de la main. Comme si je ne bouillais pas assez comme ça ! Ma colère augmente d’un cran. Je hais qu’elle soit plus forte que moi.
Un jour, je serai le plus grand et lui ferai payer pour toutes ces fois où elle a gagné.
— Non, je veux lire la suite, lance-t-elle. Choisis plutôt un ouvrage qui parle de pâte et papier, ça te sera plus utile !
Je plisse les yeux de rage et la charge de tout mon corps. Je la renverse et m’assieds sur elle en évitant ses coups avec agilité. Je réussis à lui arracher le roman et le tiens dans les airs en guise de victoire.
— Ah ! Je l’ai !
— Pas pour longtemps !
Sans trop de difficulté, elle me pousse d’une main et le reprend de l’autre. Profondément insulté, je me retrouve encore une fois vaincu sur le plancher. Je m’apprête à lui lancer un soulier, mais je suis arrêté par la porte de la maison qui s’ouvre avec fracas.
C’est Grand-mère qui rentre de la réunion. Le gouvernement a une fois de plus réclamé à mes parents des livres sous clef. Cette fois, c’est la physique qui intéressait les membres du Conseil. Même si ça fait des années qu’elle est retraitée, mes parents ont demandé qu’elle les accompagne. Ils sont à court d’arguments et ne savent plus quoi faire ou dire pour limiter l’accès aux livres.
Je n’avais jamais entendu ma mère si désespérée !
— Peut-être arriveras-tu à leur faire entendre raison, avait-elle supplié. Ils sont sourds à nos justifications !
Pour sa part, mon père avait fait une requête hors du commun à Oncle Roger, prouvant toute la gravité de la situation.
— Je sais que tu as toujours été mis à l’écart des Gardiens. Mais nous devons nous serrer les coudes. Nous aideras-tu ? La tension monte là-bas.
De toute ma vie, c’était la première fois que je le voyais invité à une réunion. Même s’il est le fils de Grand-mère, il n’appartient pas à la lignée officielle. Ce n’est donc pas un Gardien. La situation devait vraiment être grave pour que mon père ose cette demande !
Les cris de Grand-mère me ramènent au moment présent.
— Zoé ? Tom ? Où êtes-vous ?
Le son du loquet de la serrure indique qu’elle vient de verrouiller. C’est étrange, elle ne fait jamais ça. D’ailleurs, où voudrait-elle qu’on soit ?
Zoé saute de son lit et on la rejoint à toute vitesse, côte à côte.
— Dieu soit loué, vous êtes sains et saufs !
Toute tremblante, elle nous embrasse. Son visage me paraît différent je ne lui connais pas cette expression.
De toute évidence, elle a pleuré… et je crois qu’elle a peur.
— Écoutez-moi. Vous devez préparer vos bagages et vite. Il faut absolument partir et on ne reviendra pas ! N’oubliez pas vos gourdes !
— Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Où est mon père ? demande Zoé.
— On n’est plus en sécurité ici. Il arrive bientôt.
— On va où ? je demande à mon tour.
— On se rend chez ma sœur Élise, au quartier des Bûchettes. Allez, vous avez cinq minutes !
C’est excitant ! Moi qui croyais ne jamais vivre d’aventures ! Je choisis toutes sortes de vêtements : des longs, des courts, un chapeau. Je roule une couverture que j’attache au bas de mon sac et prépare également celui de mes parents. Pour maman, je prends sa robe préférée, elle est bleue avec des fleurs blanches. C’est important pour elle d’avoir une allure soignée. Pour mon père, j’attrape ses pantalons beiges et la grosse veste qu’il porte habituellement lors des visites chez tante Élise.
Rapidement, je me dirige vers la salle de bain. Ma mère aura besoin de sa brosse à cheveux et mon père, de son rasoir. Pour satisfaire la coquetterie de maman, je prends aussi son parfum de lavande.
Sur le bureau de leur chambre se trouve une pile de livres. Je les parcours et en choisis quelques-uns. Papa sera content de récupérer son carnet de notes ! L’atlas de maman rentre tout juste dans le sac, mais ça lui fera plaisir. Elle adore contempler les images de l’Ancien Monde.
— Je suis prêt !
Je dépose les deux bagages au sol et regarde ma grand-mère rassembler des provisions.
— Pourquoi en as-tu préparé deux ? demande-t-elle. Ce sera trop lourd on doit se déplacer rapidement.
— Il y en a un pour moi et un pour papa et maman.
En poussant un long soupir, elle dépose la boîte de galettes sur la table et s’approche de moi. Ses yeux ont retrouvé l’expression qu’ils avaient lorsqu’elle est arrivée. D’instinct, je recule. Je n’aime pas ça.
— Thomas, mon chéri, quelque chose de terrible s’est produit.
Un tambourinement à la porte l’interrompt, nous faisant sursauter tous les deux.
— Laisse-moi entrer !
C’est Oncle Roger. Mes parents ne devraient plus tarder. Grand-mère s’empresse d’ouvrir et barre aussitôt derrière lui. C’est toujours aussi étrange.
— Papa ! hurle Zoé.
Elle lui saute au cou et il la serre plus fort que d’habitude. Je n’arrive pas à comprendre l’émotion qu’il ravale.
— Papa, ton chandail est couvert de sang ! Es-tu blessé ? s’enquiert Zoé, horrifiée.
— Ne t’inquiète pas, ce n’est pas le mien.
— C’est celui de qui, alors ? je demande. Où se trouvent mes parents ? Que s’est-il passé à la réunion ?
Mon ventre se serre. Oncle Roger me regarde de la même façon que Grand-mère quelques minutes plus tôt. Mon cœur se débat et, malgré ma respiration qui s’accélère, l’air n’entre plus dans mes poumons. Ça doit être ce que les adultes appellent l’angoisse. Tel un serpent qui s’enroule autour de sa proie, cette émotion me paralyse.
Je n’aime pas ça du tout.
— On n’a pas le temps de discuter, tranche Grand-mère. Allez, on sort par la porte arrière. Si nous devons nous séparer, rendez-vous au camp des Bûchettes. Restez discrets. Personne ne doit savoir qui vous êtes.
Zoé met son bagage sur son épaule et suit son père sans rien dire. J’agrippe le mien et regarde celui que j’ai préparé pour mes parents. Mes pieds sont lourds, mes genoux, bloqués. Je n’arrive pas à bouger.
J’ai tout saisi. Le sac est inutile.
— Tom, viens ! crie Grand-mère.
Je l’ignore et fixe la porte.
Peut-être que Margot et Oncle Roger se trompent.
Sûrement.
Il le faut.
J’ancre mes pieds au sol ; je ne partirai pas. Si c’est nécessaire, je passerai la nuit devant la porte !
Grand-mère parle si bas qu’elle murmure presque. Je dois me concentrer pour comprendre.
— Allez, viens, mon grand. On va l’apporter, au cas où…
J’ai envie de la défier, mais la tristesse que je lis dans ses yeux m’en empêche. Le dernier espoir s’est évanoui.
Je réponds d’un signe de tête et mes genoux deviennent mous.
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