Suite au décès de ma grand-maman en septembre dernier, j’ai eu envie la rendre immortelle.

Il m’aura fallu beaucoup de temps et de courage pour écrire les articles qui la concerne, mais j’en suis bien heureuse.![]()
Alors voilà. Je t’offre le souvenir de notre unique voyage ensemble. Elle m’a amené avec elle au plus profond de ses souvenirs et j’en frissonne encore.
J’espère que ce petit morceau de mon coeur te fera plongera toi aussi, dans des doux souvenirs et que tu auras une pensée pour un grand-parent que tu aimes.
Rien n’est éternel, même pas eux.
Printemps 2023, Chicoutimi
Je suis debout dans l’appartement de ma Grand-maman. Elle n’est pas là. Elle est à l’hôpital, connectée à de l’oxygène.
Elle va mourir.
Une tasse traîne sur le comptoir ainsi qu’un bol de croustilles près de la télévision. C’est normal, on ne fait pas le ménage avant de partir en ambulance.
On m’a assuré qu’elle ne reviendra pas. Ce sera donc moi, la dernière personne qui dormira dans son lit.
Comme c’est étrange !
Je lave la vaisselle et parcours son minuscule logement. La tournée se fait plutôt rapidement, elle ne détient que si peu de choses.
Au fil des années, elle s’est séparée de la plupart de ses biens. Elle a toutefois conservé des trésors, des objets précieux rangés avec soin: des portraits encadrées, des albums et des coupures de journaux des gens qu’elle aime.
Il y en a partout.
Avec un infini respect, je les admire. J’en apprends une leçon bien importante. Au bout du chemin, c’est avec tout ceci qu’elle a rempli ses tiroirs. Ce ne sont pas des livres, des bibelots ou même des souvenirs de voyages qui occupent son espace, c’est nous, sa famille.
Soudainement, je ressens le besoin de m’imprégner d’elle. Je l’aime si fort, mais la connais si peu.
On me l’a répété : c’est maintenant ou jamais.
Avec soin, je choisis quelques photographies et la rejoins à l’hôpital. Je veux tout savoir d’elle. Je désire l’entendre raconter sa vie, son passé au couvent, ses souvenirs d’enfance.
Tout.
Le temps l’a rendue presque aveugle, un délai est toujours requis avant que son regard s’illumine en reconnaissant sa visite. Je dois avouer que le sourire qu’elle m’offre à ce moment me remplit de chaleur et de bonheur.
La joie pure d’apercevoir un être aimé. N’est-ce pas une richesse à chérir ? Deuxième leçon à retenir.
Le moment présent nous enveloppe de sa bulle et plus rien n’a d’importance. Ensemble, on voyage à travers ses souvenirs. Je songe au fait que ce sera le seul qu’on fera. Quel dommage ! J’aurais adoré prendre l’avion avec elle.

Notre première escale se fait à l’Alcan alors qu’elle y travaillait comme téléphoniste. La mémoire motrice est forte, elle exécute tous les mouvements qu’elle y faisait avec précision. Je suis impressionnée.
Prête à réentendre sa grande histoire d’amour, je présente une photo de son mariage et on survole le plus beau jour de sa vie.
Elle rigole.
— Mon père était scrupuleux. Je ne pouvais pas porter de décolleté, même pas à ma noce. Rolland a ri lorsqu’il a vu ma robe qui montait jusqu’à mon cou. Avant la réception, je me suis changé et j’ai dansé les seins à l’air ! raconte-t-elle, joyeuse et pétillante.
Je m’esclaffe.

Elle est magnifique avec ses yeux brillants de tendresse et de souvenirs.
— Je suis mariée, je suis libre maintenant, continue-t-elle.
Sans m’en rendre compte, ma main a pris la sienne et je la caresse de mon pouce. Son amour pour son défunt mari est si profond et inconditionnel. Elle m’inspire.
— Papa, il m’aimait, poursuit-elle. C’était l’homme de ma vie, il m’appelait « sa petite noire ». Cora (sa sœur) était belle et blonde. Mais j’étais la préférée de Papa.
N’est-ce pas merveilleux qu’à 92 ans, elle se souvienne de l’attachement de son père envers elle ? Ici, j’apprends ma troisième leçon.
Se remémorer son père nous amène à bondir de plusieurs années en arrière. Avant Roland, lorsqu’elle la jeunesse la rendait intrépide.
— Un jour, j’ai commandé une moto dans le catalogue Sears. J’ai appelé pour me plaindre du délai de livraison et la dame m’a dit que je l’avais retournée ! Ce n’était pas vrai !
Je hoche la tête, je la vois venir. Les pères sont tous les mêmes.
— C’était Papa ! J’étais fâchée. Je l’ai recommandé. C’était mon argent et c’était à moi de décider.
Je souris. Julia a du caractère. Personne ne peut lui interdire quoi que ce soit. Elle me rappelle vaguement quelqu’un… comment se fait-il que je ne me sois jamais reconnue en elle ?
Je réalise tristement que je n’ai jamais pris le temps de la voir autrement que comme on me l’avait décrit.
C’est décevant j’ai manqué une belle rencontre.
Je reviendrai demain. J’ai hâte de continuer notre voyage.
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3 commentaires sur « Elle va mourir, partie 1/3 (récit) »